Allocution de Patricia Le Moal (Nantes, 14 juin 2014)

Allocution de Patricia Le Moal (Nantes, 14 juin 2014)

 

Enseignante en économie/gestion commerciale dans 4 lycées de la Loire-Atlantique et ATER dans 3 facultés du Grand Ouest, dans les UFR de psychologie (ma spécialité est la psychologie clinique)

Fille d’enseignante de l’Ecole publique

Contexte de mon engagement : lycéenne puis étudiante de première année, j’ai milité au JC. J’ai voté, par la suite,  à gauche les décennies suivantes

Aujourd’hui je me définis comme une patriote de gauche

Remerciements à  Alain Avello pour la confiance qu’il m’a accordée en me nommant secrétaire départementale de l’association. Je ferai mon possible pour répondre aux attentes du Collectif Racine 44

 

 

MON INTERÊT SPECIFIQUE

Je n’ai pas pu poursuivre ma carrière universitaire et après un licenciement économique d’un cabinet de gestion, j’ai donc pensé à enseigner dans le secondaire

Le choc a été terrible. En effet il y a une énorme différence entre le milieu universitaire et le milieu lycéen.

En premier lieu, le malaise du corps enseignant m’a interpellée.

Comme je suis psychologue, les propos entendus dans les salles des profs ne m’ont pas laissée insensible. Et pour tout dire, j’étais  vraiment très attentive aux conversations qui se tenaient autour de moi.

J’ai constaté une énorme souffrance des enseignants en raison des violences et  de la solitude.

Beaucoup sont résignés, attendent la retraite avec impatience, et font ce métier par défaut (« j’aimerais changer de métier, mais que faire ? Je ne me sens pas le courage d’entreprendre une autre formation etc.)… Ce sont les discours que l’on peut entendre dans une salle des profs

Le sujet est pratiquement tabou dans le milieu de l’Education Nationale.

Aussi le témoignage  de Charlotte CHARPOT a fait sensation. Elle a écrit : « Madame, vous êtes une prof de merde ! – quand enseigner devient un enfer »  paru en 2009. Il fait écho évidemment à ce que je vous ai déclaré.

 

Voici un passage du livre en question: « « Tenir » ? Parce que c’est le mot, en effet. On ne dit pas « on fait ce métier », « on l’exerce » (par plaisir) on dit aujourd’hui qu’« on tient ». Chaque jour est douloureux, chaque jour est un défi et systématiquement, la conclusion s’impose en fin de journée : j’ai encore « tenu ». C’est bien. J’ai fièrement conquis un jour de plus, sans m’arrêter, sans craquer nerveusement, sans m’en aller en plein milieu d’une heure de classe. »

Inutile de vous dire que ce livre a d’ailleurs été écrit sous un pseudo par crainte de représailles. Car les enseignants vivent dans la peur et savent qu’ils n’ont aucun soutien à attendre de la hiérarchie.

 

SIGNES

Quels sont les signes ?

Le malaise est extrêmement visible : l’absentéisme, les arrêts maladie, la lassitude, les démissions, la baisse des candidatures aux concours de l’enseignement primaire et secondaire interrogeraient tout DRH dans une entreprise privée.

Force est de constater les faits suivants :

Un professeur sur six est touché par le «burn-out»  ou par le syndrome d’épuisement professionnel

Les professeurs de collèges et lycées sont donc  16% à être touchés par le «burn-out» contre 11% dans les autres professions

Pour les premiers observateurs, le syndrome d’épuisement professionnel vise principalement les personnes dont l’activité professionnelle implique un engagement relationnel important comme les travailleurs sociaux, les professions médicales,  et les enseignants.

Et toujours selon cet article, les causes déterminantes sont les confrontations répétées à la douleur ou à l’échec.

17% des enseignants sont dépressifs

Ce n’est pas un hasard si les enseignants sont les seuls, avec la police, à bénéficier des services d’un établissement psychiatrique dédié, l’Institut Marcel-Rivière surnommé «la Verrière», dans les Yvelines.

Près de 1000 patients s’y font soigner chaque année.

 

Poursuivons :

Près de 30% des enseignants interrogés ont dit  qu’ils songeaient souvent, à quitter le métier…

Et les jeunes en dessous de 30 ans sont plus exposés»

 

 

LES RAISONS

Alors pourquoi beaucoup de nos professeurs souffrent-ils ?

Le laxisme face aux violences scolaires. Depuis une quinzaine d’années, l’insécurité n’a  pas cessé de progresser de l’ordre de 10%

Le parent d’élève est devenu le client du professeur et du proviseur ou principal de l’établissement

Le pédagogisme : dans ce système, l’élève est au centre du système

Le pédagogisme est un ensemble de méthodes d’enseignement scolaire qui se caractérisent par l’importance qu’elles accordent à l’épanouissement de l’enfant pendant son éducation. Il s’oppose à un autre courant qui insiste au contraire sur la transmission des savoirs du maître à l’élève.

Notons que le pédagogisme ne peut développer l’épanouissement de l’élève. L’enfant et l’adolescent ont besoin de règles et de limites pour se sentir en sécurité. L’ignorer, c’est ne pas comprendre les besoins psychiques des adolescents.

La surcharge accrue de travail

Le manque de moyens

L’absence de soutien (ils ne sont soutenus ni par leur hiérarchie ni par des médecins ou psychologues spécialistes de la prévention et du traitement des risques psychosociaux)

La succession permanente des réformes souvent vécues comme insensées

Le Collège unique

Le problème est que tout cela se répercute sur les élèves et sur le système dans sa totalité.

Les élèves ne peuvent pas être par conséquent dans des conditions optimales de travail à supposer qu’ils soient en classe.

Car ils peuvent également subir les arrêts de maladie de leur professeur qui est tardivement remplacé pour des mesures d’économie.

Le rectorat affirme invariablement au chef d’établissement : « on a eu du mal à trouver un remplaçant. »

 

SOLUTIONS

Terminons sur une note plus positive en déclarant que ces problèmes peuvent être toutefois résolus. Il s’agit d’œuvrer pour le Redressement de l’Ecole. Nous préconisons :

 

La fin de la culture laxiste et le rétablissement de la   tolérance Zéro pour les faits de violence

La méritocratie pour les élèves

Le rétablissement de l’Autorité du professeur, l’élève n’est pas l’égal de son enseignant

Un véritable service de santé et de prévention pour les enseignants

Le respect absolu et légitime du parent d’élève pour l’enseignant

La fin du Collège unique

 

Enfin vive la République !

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