Ecrit réflexif sur les réformes de l’Education nationale en cours

Ecrit réflexif sur les réformes de l’Education nationale en cours

par Daniel David

Préambule

Cet écrit réflexif sur le projet de « refondation de l’Ecole » de Monsieur Peillon a été écrit par l’étudiant en master d’éducation que j’étais en février 2013. Devenu Professeur des écoles depuis, je me permets de le publier.

Datant de 9 mois, cet article pourra paraître dépassé sur certains points.  Cependant, il est, à mon sens, révélateur de l’état d’incertitude qui entourait le projet il y a encore quelques mois et qui est toujours présent aujourd’hui. Afin de garder l’esprit avec lequel il a été écrit, cet article n’a pas été retouché, ni actualisé. J’en appelle donc à votre indulgence si certains points ont été précisés depuis.

Bonne lecture.

 

 

 

Introduction

Le projet de refondation de l’Ecole est un projet d’envergure. De façade, il tire son origine dans les engagements 36 à 38 du candidat Hollande, devenu président depuis. Or, il est réfléchi depuis au moins 2 ans par Vincent Peillon et le Parti Socialiste qui ont multiplié les concertations avec les partenaires sociaux et les responsables des mouvements pédagogiques.

Au départ, la réforme a été pensée pour être adoptée dès les premiers mois de la nouvelle présidence. Près d’un an après l’élection présidentielle, le rythme de l’instauration du projet semble particulièrement ralenti. Pourtant le calendrier initial qui prévoyait sa mise en place à partir de la rentrée 2013-2014 semble maintenu.

Cet écrit réflexif cherchera d’abord à comprendre le(s) pourquoi et le(s) comment de ce moment de flottement puis s’attardera sur les contenus du projet et s’attardant sur les axes politiques, sociaux, pédagogiques et biologiques.

Précisons d’abord une ou deux choses…

Dans l’esprit, du moins comme elle a été pensée initialement, il s’agit peu ou prou d’une réforme systémique de l’Education Nationale dont les résultats PISA (Programme for International Student Assessement) ne sont pas à la hauteur d’un pays tel que la France, et qui dénoncent « un système coûteux, peu performant, et tout à fait inégalitaire ». Certains justifieront que le système éducatif français a été mis à mal depuis un certain nombre d’année.

Or veuillez noter que cet écrit essaiera de faire abstraction de la rivalité gauche / droite ou UMP / PS concernant ce sujet, cela serait totalement improductif et sans intérêt. Néanmoins, je ne manquerai pas de faire une analyse personnelle, tout en restant le plus objectif possible.

Par ailleurs, ce travail se concentrera sur le volet « 1er degré » de la réforme puisqu’il s’agit bien là de notre préoccupation première.

 

Cela étant, j’ai dit plus haut que nous avons affaire à une réforme d’envergure. Or j’ai personnellement l’impression que ce terme convient de moins en moins pour qualifier ce projet.

En effet, on peut penser que la réforme de base a éclaté, notamment en deux parties majeurs, à savoir refonte des rythmes scolaire d’une part, et d’autre part les orientations que l’Ecole est censée prendre (enseignement, formation, pédagogie…). Cela peut sembler étrange à première vue puisque quand on décide de réformer tout un système malade il est nécessaire de lui prescrire un traitement certes adapté au diagnostic mais surtout faire que les remèdes soient liés et cohérents entre eux. En d’autres termes, on pourrait croire que la réforme serait plus cohérente, et donc fonctionnerait mieux, si toutes ses composantes étaient indissociables et interdépendantes. Toutefois un autre point de vue serait de croire qu’une demi-réforme est toujours mieux que pas de réforme du tout.

En ce qui me concerne, je crois, d’un point de vue législatif, qu’il est peut-être plus aisé de faire passer une réforme composante par composante, où les points les plus polémiques pourraient être rejetés puis retravaillés sans mettre en péril tout l’édifice, qu’une réforme entière qui pourrait être rejetée car non modulable.

Ceci pourrait donc expliquer le fait que la réforme des rythmes scolaires ait pris la forme d’un décret, lequel a force de loi, et soit finalement détachée du reste du projet.

 

Par rapport au calendrier il me semble que les échéances prévues à l’origine ne seront pas tenues. En effet, nous sommes déjà début mars et il y a volonté d’appliquer cette réforme dès la rentrée 2013-2014. Nous reviendrons d’ailleurs sur ce point mais il est évident que si l’objectif est toujours la rentrée prochaine, le gouvernement devra présenter la loi et la faire adopter au parlement au plus tard en avril.

 

(ndlr : Les discussions du projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école commenceront le lundi 11 mars à l’Assemblée Nationale)

 

En 2008, lorsque la semaine des 4 jours a été instaurée par le gouvernement précédent, beaucoup d’enseignants dénonçaient les journées trop chargées pour les élèves qui en ont été la conséquence. Or, aujourd’hui si on prend le débat de manière simpliste, on peut avoir l’impression que si les spécialistes (psychologues…) de l’apprentissage des enfants sont ravis du retour annoncé de la semaine des 4 jours et demi, beaucoup d’enseignants semblent y être opposés (la mobilisation du 12 février dernier fait figure d’exemple). Cependant cette opposition, pour beaucoup d’enseignants du premier degré, ne concerne pas le principe de travailler 9 demi-journées mais plutôt sa mise en place, qui est relativement chaotique (nous y reviendrons).Ainsi la question des rythmes semble « polluer » le débat sur la refondation de l’école et même faire douter de la capacité à mener la suite du projet alors que le fond (orientation) ne semble pas particulièrement contesté pour l’instant, hormis la concertation qui peut sembler légère.

Parlons donc de choses qui fâchent : les rythmes scolaire

Les faits :

Les différents rapports d’expertise ont montré l’inadaptation des rythmes scolaires  actuels dans le  premier degré. L’introduction  en 2008 de la semaine de quatre jours avec 24 heures de classe par semaine et de deux heures d’aide personnalisée a conduit à une situation exceptionnelle, à rebours des tendances internationales : alors qu’un nombre croissant de pays tendent à étaler leur calendrier scolaire sur un plus grand nombre de jours, la France a concentré la scolarité des enfants les plus jeunes sur 144 jours d’école primaire.

 

En revanche, le volume horaire annuel est l’un des plus importants, à l’école primaire comme dans l’enseignement secondaire. De ce fait, les écoliers, collégiens et lycéens français ont une journée plus dense et plus chargée que celle de la plupart des autres élèves dans le monde. Les conséquences d’une telle organisation  sont nettement défavorables, notamment pour les enfants rencontrant des difficultés.

Ainsi le constat est accablant : les élèves français ont des années scolaires trop courtes et des journées trop longues. En 2011, une conférence nationale sur les rythmes scolaires, réunie à la demande du ministre de l’époque, Luc Chatel, préconise dans son rapport d’orientation un « étalement de la semaine sur au moins neuf demi-journées, dont, à l’école élémentaire, une demi-journée supplémentaire de trois heures d’enseignement (le mercredi ou le samedi) ».

Si Luc Chatel en reste au stade du constat, sans doute à cause des élections de 2012, c’est Vincent Peillon qui fait de la question des rythmes scolaires un sujet majeur.

Après une phase de dialogue avec les syndicats, et certains responsables, la modification des rythmes hebdomadaires dans l’école primaire est actée par un décret, publié le 26 janvier 2013.

Qu’est ce que change concrètement le décret  du 26 janvier 2013 ?

Le texte change l’organisation de la semaine pour les élèves de primaire. Une demi-journée est ajoutée, fixée au mercredi matin, et la journée de classe est, de manière générale, raccourcie. Si la ville le souhaite, cette demi-journée peut être le samedi, « lorsque cette dérogation est justifiée par les particularités du projet éducatif territorial et présente des garanties pédagogiques suffisantes ». Cette dérogation devra être sollicitée auprès des autorités académiques.

Ainsi, le nombre d’heures par semaine ne change pas, soit vingt-quatre heures. Or, les heures de classe devront être réparties dans la semaine, en respectant trois critères :

  • la journée d’enseignement ne peut pas durer plus de cinq heures trente ;
  • la demi-journée est limitée à trois heures trente ;
  • la pause de midi doit être supérieure à une heure trente.

En théorie ce qu’apporte ce changement:

Le fait de revenir à neuf demi-journées de classe, à pour but d’instaurer une continuité dans la semaine scolaire et pour mieux organiser les apprentissages. La demi-journée supplémentaire permettra d’alléger les journées de classe et, en répartissant mieux le temps scolaire, d’améliorer l’efficacité des apprentissages. Enfin, cet aménagement permet à l’école d’assurer l’aide au travail personnel, pour tous les enfants dans le temps scolaire, et d’offrir à de petits groupes d’élèves, après le temps de classe des activités pédagogiques complémentaires.

De plus, la réforme des rythmes doit agir comme un levier pour faire évoluer le fonctionnement de l’école autour d’un projet éducatif territorial et doit conduire à mieux articuler les temps éducatifs et les temps péri éducatifs et, par conséquent, à coordonner les actions de l’État, des collectivités territoriales et des organismes œuvrant dans le champ éducatif.

Quel calendrier ?

La réforme des rythmes sera engagée dès la rentrée scolaire de 2013 et achevée à la rentrée 2014  dans le premier degré. En effet,  les villes qui souhaitent repousser d’un an l’application de la réforme peuvent le faire, mais elles ne toucheront par leur part du fonds de 250 millions d’euros censé permettre « d’inciter et d’aider les communes à mettre en œuvre la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée 2013 » (le texte prévoit 50 euros par élèves).

Des problèmes de mise en place

En ce qui concerne les villes :

Même avec ce que j’appelle « la carotte des 250 millions », la mise en place de la réforme va coûter assez cher aux communes. En effet, elles prennent déjà en charge les cantines qui seront ouvertes une journée de plus, ce qui implique des coûts supplémentaires. Par ailleurs, les villes devront supporter l’embauche d’animateurs pour ce qui concerne les activités périscolaire (c’est d’ailleurs ce qui embarrasse Gérard Collomb, le maire de Lyon). De plus, l’association des maires de France pense que le montant de la dotation proposée par Vincent Peillon est insuffisant. Les comptes de beaucoup de communes étant déjà dans le rouge, il est difficile de contester ce problème de coût et l’éternel problème de savoir qui va payer se pose.

 

Les communes doivent toutes avoir indiqué leurs souhaits concernant les modalités d’application de la réforme d’ici au 31 mars. Début mars, seulement 37 % des grandes villes mettront en place la réforme dès la rentrée 2013 et 18 villes n’ont pas encore pris leur décision.

En ce qui concerne les enseignants, les animateurs et les parents :

Une autre contestation est conduite par les enseignants et les parents d’élèves : le niveau de qualification des animateurs est souvent jugé trop faible. En réponse,  le ministre a promis d’assouplir le taux d’encadrement réglementaire, c’est-à-dire d’augmenter le nombre d’enfants que peut encadrer un animateur (soit abaisser ces taux à un animateur pour 14 enfants pour les moins de 6 ans, et à un animateur pour 18 enfants pour les plus de 6 ans. Or, cette décision est contestée par les animateurs, qui estiment qu’elle pose des problèmes de sécurité.

Les syndicats de professeurs ont fait grève en janvier et février pour contester les modalités d’application et d’organisation de la réforme, et non la réforme elle-même. Leurs inquiétudes se concentrent notamment sur les activités périscolaires qui doivent réduire le temps de travail, mais qui, en pratique, ne réduisent pas le temps de présence à l’école pour les élèves.

De manière générale, tout le monde se demande ce que feront les élèves pendant les temps de périscolaire.

 

Avec l’arrivée de la réforme à l’Assemblée Nationale et l’annonce du 24 février dernier sur BFM-TV du ministre de l’Education Nationale quant à l’évolution probable de l’année scolaire, toujours fixée à 36 semaines à la rentrée 2013, et le raccourcissement des vacances d’été ainsi que la création de deux zones pour les départs, il est difficile de ne pas croire à de nouveaux mouvements de contestation.

 

En ce qui concerne le cœur du projet de « refondation de l’Ecole »

Il convient de faire l’analyse du cœur de la réforme selon plusieurs axes :

Politiques et /ou au niveau local:

 

Il est particulièrement difficile de chiffrer le coût total du projet. En ce qui concerne le recrutement de personnels de l´Education Nationale, tout le monde est d´accord pour dire qu´il s´agit d´un investissement de plusieurs milliards d´euros. Il est en revanche difficile de donner un montant exacte, tant le calcul est difficile à réaliser sur le long terme.

 

Par rapport, aux communes, il semble évident que la refonte des rythmes scolaires et leur application au niveau local va conduire de nombreuses dépenses, nous l’avons déjà vu plus haut. Afin d´équilibrer leur budget, les villes augmenteront les impôts ou chercheront de l´argent d´une manière ou d´une autre car, rappelons-le encore une fois, la “cagnotte” des 250 millions d´euros n´est que temporaire. De ce fait, on ne peut négliger le facteur politique des élections de 2014 qui sont dans l’esprit de tous.

 

Par ailleurs, le volet informatique du projet est encore difficilement estimable mais nul ne peut ignorer qu´il s´agit là aussi d´une partie très couteuse de la refondation de l´école. Le texte stipule que «  l’État s’engage de son côté à fournir les services et les ressources numériques à caractère pédagogique des collèges, des lycées et des établissements d’éducation spécialisée. Les départements et les régions sont, quant à eux, chargés, respectivement pour les collèges et les lycées, de l’acquisition et de la maintenance des matériels informatiques et des logiciels prévus pour leur mise en service. » Or qu’en est-il de l’équipement des écoles primaires ? Les communes devront-elles subir cet investissement seules ?

 

Que cela soit au plan national, qu´au plan municipal, ce projet a un coût économique et donc aura un coût politique. En effet, l’Etat n’a pas l’argent que cela nécessite. La mise en place de la réforme devra se faire rigoureusement.

 

Du point de vue social:

 

La scolarisation des enfants de moins de 3 ans est accueillie assez favorablement par les familles qui y voient une façon de se décharger en temps et en argent de leur enfant scolarisable. Cela peut permettre une réinsertion professionnelle plus précoce des mères et pères au foyer. Toutefois, on peut penser que les assistantes maternelles ne sont sans doute pas du même avis…

 

En ce qui concerne la pédagogie :

 

-Création des ESPE

 

Ce qui caractérise peut être le mieux la précipitation qu´est en train de caractériser la reforme c´est l´absence de visibilité de ce que vont devenir les IUFM, prochainement appelés ESPE. En effet, personne ne sait vraiment ce qui va changer, outre le nom. Leur statut ne semble pas encore clairement défini, même s’il est probable que ces écoles resteront entièrement dépendantes des universités y compris sur le plan budgétaire. Or quelle sera la maquette des masters ? Comment se caractérisera la formation des futurs enseignants ?

 

Plus de maîtres que de classes »

 

Ce point de la reforme m´est difficile à analyser tant je n´arrive pas bien à comprendre ses spécificités et ses intérêts. En effet, la logique du “plus de maîtres que de classe” est étrange : n´est-il pas préférable de profiter du surplus d´enseignants afin d´ouvrir de nouvelles classes et de désengorger les classes aux effectifs parfois surréalistes?

 

 

 

Le socle commun, qui devient « socle commun de connaissances, de compétences et de culture », verra sa conception et ses composantes repensées et de nouveaux programmes scolaires seront élaborés en cohérence avec ce socle et avec les cycles. »

 

On le sait, redéfinir le socle commun et élaborer de nouveaux programmes en créant un Conseil supérieur des programmes sont des préoccupations majeures du ministère. Or le ministre Vincent Peillon a déjà dit que les changements des programmes de 2008 seront d’abord substantiels. En effet, s’il y aura apparemment un travail qui portera sur les mathématiques et le français, aucune information n’a été dévoilée quant aux autres disciplines, dont les ambitions sont absolument irréalistes (je pense notamment aux programmes d’histoire-géographie qui me tiennent particulièrement à cœur). L’ensemble de la communauté éducative attend de nouveaux programmes.

Voyons plus en détails les nouveautés déjà annoncées.

 

-Enseignement obligatoire d’une langue vivante dès le CP

 

Le texte a raison de le préciser et le projet fait bien de s’en inquiéter : « Les résultats actuels des jeunes Français en langues vivantes sont en effet particulièrement alarmants : ils arrivent en dernière position de l’ensemble des élèves européens  évalués pour ce qui est des compétences attendues en fin de classe de 3e (SurveyLang, First european survey on language competences, rapport final, 2012). Or la maîtrise d’au moins une langue vivante étrangère est devenue une compétence clé pour s’intégrer dans la société mondialisée qui est la nôtre. »

 

Les jeunes qui sortent du système scolaire souffrent ainsi d’un désavantage compétitif par rapport à d’autres européens. Le fait est que les méthodes d’enseignement des langues vivantes ne sont absolument pas adaptées aux enjeux dans le secondaire. Mais au primaire la situation est tout autant inquiétante : les anciens enseignants n’ont pas été formés pour et les nouveaux ne le sont pas davantage. Le comble pour nous est d’avoir des cours de langue (et de pseudo didactique de langue) totalement à côté des enjeux de leur enseignement. Ainsi, si l’objectif est louable, il est en revanche nécessaire d’insister  sur la formation des enseignants, même si, pour parler à titre personnel, il me semble intéressant de croire aux avantages des interventions d’étudiants étrangers en classe.

 

-Mise en place d’une éducation au numérique

 

Je vais me contenter ici de citer le projet :

« L’objectif (…) est d’utiliser les potentialités des technologies numériques pour organiser, à destination de la communauté éducative, une offre de produits et de services pédagogiques numériques. Il s’agit d’enrichir l’offre de ressources numériques à finalités éducatives, culturelles ou scientifiques, de compléter l’éventail des enseignements dispensés au sein des écoles et des établissements scolaires et ainsi de favoriser la mise en œuvre par les enseignants d’une pédagogie différenciée. En effet, l’utilisation du numérique permet notamment de mieux adapter le travail au rythme et aux besoins de l’enfant, de développer la collaboration entre les élèves, de favoriser leur autonomie, de rapprocher les familles de l’École, de faciliter les échanges au sein de la communauté éducative, ou encore d’offrir des possibilités nouvelles pour les élèves en situation de handicap. »

 

L’application en école de l’éducation au numérique est guère précisée pour l’instant. Les étudiants, dont je fais partie, qui ont suivi l’option TICE à Lyon, sont assez inquiets à ce sujet. Le B2I école doit, en effet, être repensé.

 

 

-L’éternelle question de la morale

Annoncé dès l’été dernier, le «  grand retour de la morale à l’Ecole » fait partie des arlésiennes qui embarrassent le monde enseignant. On se demande bien pourquoi, car la morale est déjà présente dans les programmes de 2008. Mais, le professeur de philosophie qu’est Vincent Peillon veut « former des citoyens éclairés, porteurs de valeurs communes, et contribuer ainsi à améliorer la cohésion  sociale. ».

 

Mais il se pourrait qu’il n’y ait là qu’une occasion ratée de forger les générations futures autours de valeurs communes. Après, il conviendra de voir le contenu du programme et de la manière dont il sera enseigné. J’espère donc me tromper sur ce point.

 

-Un parcours d’éducation artistique et culturel

Si on se fie au texte, il est difficile de voir concrètement à quoi correspond sa mise en place.

La pratique artistique, l’histoire des arts et le développement d’une culture humaniste sont déjà dans les programmes actuels. Certes, ceux-ci ne sont pas très explicites, mais ils laissent ainsi une grande liberté pédagogique aux enseignants.

A mon sens, il ne s’agit pas là d’enseignements fondamentaux, mais il serait peut être intéressant d’aborder ce genre de sujets dans les futurs temps périscolaires.

Dans tous les cas, tous s’accordent pour dire que l’éducation artistique et culturelle, peu importe sa dénomination, contribue à former des citoyens.

 

Selon l’axe biologique :

 

-Le développement de la scolarisation des enfants de moins de 3 ans

La scolarisation des enfants de moins de 3 ans est sans doute le sujet qui fait le plus consensus : personne n’est vraiment choqué par cette proposition. Pourtant ce débat est assez ancien et il n’a toujours pas été tranché par les spécialistes de l’enfance.

 

En revanche cette disposition  ne doit et ne peut être rendue obligatoire puisque l’introduction d’un enfant dans une classe d’école est conditionnée par sa propreté.

 

-Les rythmes scolaires touchent en premier lieu la physiologie des enfants

Le 5 mars dernier, l’Académie de médecine s’est prononcée en faveur de la semaine de quatre jours et demi. Elle a en effet rappelé que l’intérêt de la santé des enfants doit primer sur ceux des adultes. En effet, selon elle, «la semaine de quatre jours est un contresens biologique qu’il faut abolir en aménageant impérativement le temps scolaire (…) » Elle va même plus loin car elle dit même que pour éviter une « désynchronisation inévitable de l’enfant en début de semaine ». Il est préférable d’inscrire la demi-journée supplémentaire sur le samedi matin, et non le mercredi matin comme le préfère l’actuel ministre.

 

Conclusion

 

Les ambitions de Vincent Peillon sont donc assez importantes en termes de volume. De manière générale ce « projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République », son nom exact, affirme donc la priorité au primaire pour lutter contre l’échec scolaire et recrée une formation spécifique pour les professeurs. Or, il existe énormément de domaines à éclaircir, et beaucoup de questions attendent leurs réponses.

Par ailleurs, si la refonte des rythmes scolaires ne relève pas de ce projet de loi mais d’un décret, elle ne demeure pas moins source de nombreuses interrogations, comme nous l’avons déjà vu.

 

 

 Apports:

 

Dans une volonté encore une fois de stimuler la réflexion, je fais deux propositions quant à deux volets finalement absents du projet : le concours et la spécialisation des enseignants dans les cycles :

Du point de vue du concours :

 

–        Les épreuves écrites comme elles sont construites aujourd’hui ne sont pas vraiment adaptées au recrutement d’un profil d’enseignant, mais plutôt à une personne faisant du bachotage les mois précédant les épreuves. S’il est bien entendu nécessaire de sélectionner les candidats sur les connaissances, il est aberrant de ne pas proposer une épreuve de culture générale, à mon sens primordiale et sanctionnant un niveau d’étude et pas seulement une spécialisation. Par exemple, l’enseignant doit être en mesure de pouvoir répondre à des questions d’actualités.

 

–        Les épreuves orales ne sont pas plus formatrices au métier. Elles pourraient être remplacées, ou complétées d’une évaluation continue sur la pratique pendant la deuxième année de master (puisque les étudiants seront à temps partiel dans des classes) afin qu’elles deviennent de véritables entretiens d’embauche.

 

En ce qui concerne la spécialisation des enseignants :

 

La division de l’Ecole primaire en plusieurs cycles n’est pas sans raisons, surtout du point de vue des enseignements. Même s’il n’est pas question que de changer des couches à l’école maternelle, comme l’a dit Xavier Darcos, nul n’ignore que ce n’est pas la même chose d’enseigner au cycle 1 qu’au cycle 3. De même, le cycle 2 à ses propres spécificités et elles sont majeures dans la scolarisation des élèves. Je suis donc partisan d’une spécialisation des enseignants du primaire dans les différents cycles : les épreuves orales pourraient être le moyen d’orienter les étudiants. De plus, faire suivre une seule et même classe par un enseignant tout au long d’un cycle pourrait apporter de nombreux avantages (habitudes de travail, connaissances du profil des élèves, souder un groupe classe, développer l’autorité charismatique de l’enseignant…).

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